ALEXANDRE VARENNE
Fondateur du journal La Montagne en 1919, Alexandre Varenne fut un grand humaniste. Homme politique (maire de Saint-Eloy-les-Mines dans le Puy-de-Dôme, député du département, membre de l’assemblée constituante et ministre d’Etat), il exerça aussi une mission administrative comme Gouverneur Général de l'Indochine, de 1925 à 1927. Il se pencha à cette occasion sur le "réformisme colonial", favorisant l'alphabétisation et l’accès aux soins des populations, ainsi que  l'association des élites indochinoises au gouvernement local.
Durant la seconde guerre mondiale, Alexandre Varenne s'opposa au régime de Vichy sur la censure et la propagande, à travers ses éditoriaux à La Montagne mais aussi en tentant de convaincre le maréchal Pétain. En 1942, il saborda son journal quand les Allemands envahirent la zone libre. A la libération, La Montagne fut ainsi le seul quotidien régional de l'ex-zone libre à avoir l'autorisation de reparaître immédiatement. Alexandre Varenne mourut le 16 février 1947.

 



 

Extraits de la biographie d'Alexandre Varenne Version imprimable Suggérer par mail

couv_bio.jpgLa biographie d'Alexandre Varenne, intitulée "Alexandre Varenne - une passion républicaine" et écrite par Jean-Pierre Caillard (PDG du groupe Centre-France La Montagne) est parue en décembre 2007 aux éditions du Cherche-Midi. Pour en acheter un exemplaire, vous pouvez vous adresser directement à M. Philippe Page, chargé de mission auprès de la Fondation Varenne (voir rubrique Contacts)

A travers l'évocation de la vie du fondateur de La Montagne, cette biographie met l'accent sur les valeurs républicaines et humanistes qui l'ont constamment motivé. En voici quelques extraits ...  

Introduction

Il est des jours ordinaires qui peuvent orienter le destin d'une vie. Sans doute ce jour d'août 1898 l'est-il pour Alexandre Varenne ? Frais émoulu docteur en droit, le jeune Auvergnat de vingt-huit ans vient de s'inscrire au barreau de Paris. Il est ambitieux. Il a le goût de l'écriture. D'ailleurs, il a écrit des articles pour le magazine artistique avant-gardiste, La Revue blanche. Il s'intéresse beaucoup à la politique et se veut aussi un citoyen engagé. Il a adhéré au comité socialiste-révolutionnaire de Clermont-Ferrand. Et dans cette France, profondément divisée par l'affaire Dreyfus, il a choisi son camp, celui des dreyfusards, dans le sillage du « J'accuse » de Zola.

Cette journée d'août est somme toute plutôt ordinaire, si ce n'est la chaleur caniculaire qui l'a rendue particulièrement harassante et pénible. En cette fin d'après-midi, Alexandre Varenne s'offrirait bien une bière. Certes, il n'est pas très argenté et ne dispose en poche que d'une pièce de 2 francs, qui devra lui permettre de tenir au moins deux jours. Mais l'idée de regagner directement sa torride chambre d'hôtel où il devra se contenter d'une carafe d'eau tiède ne l'enchante guère. Alors, il se décide à entrer dans un café.

Lorsqu'il franchit la porte de la Taverne lorraine, rue des Écoles, au coeur du Quartier latin à Paris, une bruyante compagnie joyeusement attablée attire son regard. Alexandre Varenne reconnaît alors Daurelle, un journaliste, croisé quelques mois plus tôt. Une rencontre éphémère, le temps d'échanger leurs coordonnées, suivie d'une vague promesse d'emploi subalterne dans le journal La Volonté que Daurelle s'apprête à fonder. Justement, dans ce café, autour de Daurelle, il y a là ses futurs journalistes. Alexandre Varenne se joint à eux et rappelle à Daurelle leur brève rencontre. Ce dernier a certes égaré l'adresse du jeune avocat, mais accepte de l'embaucher comme secrétaire de rédaction.

 

Presse et politique, deux passions

La Volonté ne durera que le temps d'une saison et tous les appointements dus à Varenne ne seront pas acquittés. Aussi continuera-t-il à vivre modestement. Mais cette expérience va lui permettre de se faire beaucoup de relations et d'entrer rapidement à La Lanterne, quotidien que dirige alors le député socialiste René Viviani.

Dès lors, la voie semble tracée : la presse et la politique, la politique et la presse, l'une prenant l'ascendant sur l'autre selon les époques. Deux activités, deux passions intimement entremêlées, qui vont marquer toute la vie d'Alexandre Varenne ; toutes les vies :

  • de cet avocat, bon orateur, à l'image des hommes politiques de cette époque pour qui l'exercice d'éloquence au barreau préparait bien au métier politique ;
  • de cet homme de plume, fondateur du journal La Montagne, en un temps où l'invention récente de la rotative (en 1887), permettant d'imprimer 20 000 exemplaires à l'heure, bouleverse le secteur de la presse ;
  • de cet homme politique, pur produit de la IIIe République, si décriée mais aussi tellement fondatrice ;
  • de ce député réélu, presque sans interruption, dans sa circonscription rurale de Riom-Montagne, en un temps où la Chambre s'impose comme le rouage essentiel de la République ;
  • de cet esprit libre, modéré et pragmatique, pas toujours très bien vu par ses pairs de la SFIO et pour qui, comme il l'écrira dans ses carnets : « Gouverner, c'est adapter son action au mouvement des êtres et des choses, c'est en étudier ou en deviner les courants pour en être le maître » ;
  • de ce franc-maçon, libre-penseur mais non sectaire, quand la question religieuse dominait le débat politique ;
  • de ce gouverneur général en Indochine, malmené par les colons pour ses conceptions humanistes, réformatrices, mais ô combien prémonitoires...
  • de ce militant, défenseur de Jean Zay, ministre de l'Éducation nationale sous le Front populaire, assassiné par la Milice ;
  • de ce directeur politique du journal La Montagne, quotidien qui sera l'un des piliers de la Résistance auvergnate ;
  • de ce ministre d'État à la Libération, sous le gouvernement Bidault, écouté comme un vieux sage, un homme de raison, un homme de coeur et un homme d'audace.

Et pourtant, Alexandre Varenne demeure méconnu de la plupart de nos contemporains. Cet ami de Jaurès ne figure pas dans les dictionnaires, pas plus que dans les index des nombreux ouvrages consacrés à la IIIe République. Incroyable injustice que je voudrais combler à travers cet ouvrage !



 


 





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